70th Anniversary of Liberation of Nancy

Discours pour la cérémonie militaire de Nancy

Monsieur le Préfet,
Monsieur le Maire,
Monsieur le Gouverneur Militaire,
Monsieur le Commandant de la Base de Nancy,
Mesdames et Messieurs les Autorités Civiles et Militaires,
Mesdames et Messieurs,
Dear fellow Americans,
Chers amis,

Tout d’abord, permettez-moi de vous remercier pour votre accueil chaleureux, Monsieur le Maire. Vous savez, je ne suis en poste à Strasbourg que depuis trois semaines et aujourd’hui c’est la troisième fois que je me rends en Lorraine – ce qui en dit long des liens d’amitié qui unissent les Etats-Unis et la France, et les Etats-Unis et la Lorraine.

Dans son célèbre discours de Gettysburg, le President des Etats-Unis M. Abraham Lincoln demande comment un pays peut honorer ses héros ou rendre hommage à leur sacrifice. Sa réponse est que nous ne pouvons pas le faire. Aucun discours prononcé, aucune gerbe déposée, aucune stèle érigée ne peut pleinement transmettre notre gratitude pour leur sacrifice.

Par contre, pendant la guerre et au cours de toutes les années depuis, les liens tissés par le sang versé ont créé une véritable fraternité d’armes. En dépit de leur âge, de nombreux vétérans américains de la deuxième guerre mondiale ont tenu, ces dernières années, ainsi que leurs descendants depuis – de faire le déplacement pour retrouver les français aux cotés desquels ils ont vécu des moments forts lorsqu’ils avaient 20 ans : des moments de joie et de partage, mais aussi des moments de peur et de découragement. Certains ont frôlé la mort, d’autres ne se sont pas relevés. Le Général Patton a perdu 50 000 hommes pendant la campagne de la Lorraine : 50 000 hommes tués, blessés ou disparus. Les 51 mois d’occupation de Nancy ont également engendré de lourdes pertes du côté français. ///

To my fellow Americans with us today I want to say thank you for sharing this commemoration. As I mentioned, President Abraham Lincoln’s words in his Gettysburg Address are as relevant for us today as they were when he first spoke them in the midst of America’s civil war. There is no way to fully honor those who gave the ultimate sacrifice here in France and across Europe in the cause of liberation and freedom. But Lincoln went on to say the it us for us the living “to be here dedicated to the great task remaining before us–that from these honored dead we take increased devotion to that cause for which they gave the last full measure of devotion–that we here highly resolve that these dead shall not have died in vain…..” // Thank you also for keeping alive our ties of friendship between the United States and France and, in particular, our connection of educational and cultural exchange between the cities of Nancy and Cincinnati, Ohio.

J’ai eu l’occasion depuis quelques semaines maintenant de lire des récits de guerre des civiles, volontaires et militaires. Ce qui est frappant et ce que nous avons souvent tendance d’oublier, est que la guerre est avant tout une histoire humaine. Si vous me le permettez, je tiens à vous citer le récit d’un enfant de neuf ans de la journée du 14 septembre il y a 70 ans lorsque Nancy fut libérée. Il dit :

Là, au-dessus de chez « Dressoir » [un magasin de chaussures], il se passe quelque chose de très intéressant : de chaque côté de la large cheminée, il y a un homme. Un allemand en uniforme d’un côté, un FFI de l’autre !… Les voilà qui tournent autour de la cheminée. Ils jouent à cache-cache, mais ils ont chacun quelque chose dans la main !… Lequel va attraper l’autre ? Pour l’instant, ils tournent tous les deux dans le même sens. Je regarde le français et je chuchote : « L’aura, l’aura pas !.. » J’écrase un peu plus mon nez sur le carreau, fascinée par ce spectacle.
C’est alors que les deux hommes m’aperçoivent, derrière ma fenêtre du premier étage de chez « Dix-neuf ». Je suis sans doute trop près d’eux, car tous les deux s’arrêtent de tourner autour de la cheminée pour me faire des signes. Oui, tous les deux !… […] Ils me chassent de la main, je le vois bien, mais je n’ai pas envie de m’en aller de là.[1]

Sans doute celui de ces deux soldats qui allait attraper l’autre en premier, s’en sortirait vivant, mais ce qui est remarquable, c’est cette volonté de l’un et de l’autre – des ennemis – de préserver cet innocent enfant…

Nous, notre génération, nous sommes des enfants d’une paix durable, mais la liberté et la paix ne sont jamais acquises – en ce moment même nous faisons face aux défis sérieux dans plusieurs coins du monde, notamment en Iraq, en Syrie et en Ukraine. Et en ce moment même se déroule à Paris une conférence internationale pour la sécurité et la paix en Iraq à laquelle participent le Secrétaire d’Etat américain, Monsieur John Kerry, ainsi que votre Ministre des Affaires Etrangères, Monsieur Laurent Fabius. Une fois de plus, la France et les Etats-Unis se trouvent à coopérer pour le maintien de la paix et de la démocratie. Nous venons également de réaffirmer notre solidarité et rattachement à la défense commune lors du sommet de l’OTAN le 4 septembre dernier. La solidarité entre les peuples, dans le respect des valeurs de chacun, est indispensable au maintien de la démocratie et des droits de l’homme.

Mesdames et messieurs, nous sommes réunis aujourd’hui dans ce magnifique bâtiment au bord la Place Stanislas – qui est depuis toujours d’après l’auteur, poète, et fils de Nancy, Raymond Schwab, un « centre de la vie urbaine, le cœur du pouvoir, un lieu de toutes les rencontres.»[2] Selon Schwab cette place « a vu défiler la Révolution, trois guerres, des fêtes, des rassemblements populaires et sportifs, des manifestations sociales, et des évènements culturels. »[3]

C’est sur cette place que sont arrivés les hommes de la Troisième Armée de Patton le 15 septembre 1944, guidés par les résistants français. Cette rencontre entre les libérateurs de Nancy – la 35e division d’infanterie – et le peuple de Nancy était rempli de joie et d’étonnement. L’accueil que vous avez réservé à mes compatriotes il y a 70 ans était tout aussi chaleureux que celui que vous nous réservez aujourd’hui.

Ces 70 ans sont passés depuis et le monde a changé : nous avons des moyens de transport et de communication qui nous permettent d’apprendre davantage les uns des autres. Grâce à ces développements, les rencontres entre les nancéens et mes compatriotes ne sont plus remplis de cet étonnement d’époque, mais les commémorations organisées rendent la ferveur de l’époque encore tangibles et compréhensible. J’ai déjà beaucoup entendu parler des liens d’amitié entre les villes jumelées de Nancy et Cincinnati et j’ai le sentiment que ces liens sont évidents et vivants.

Les sacrifices des français et des américains étaient partagés. La mémoire est partagée. Les peuples américain et français sont unis à jamais par la mémoire et par le devoir de mémoire. Le travail de mémoire que vous effectuez ici aujourd’hui est une partie intégrale du maintien de la paix et du respect entre les nations.

Gardons allumé la flamme de l’amitié, en temps de paix comme ce fut le cas il y 70 ans entre nos deux pays.

Je vous remercie pour votre attention.