Allocution sur la responsabilité de la Russie dans l’utilisation passée et présente d’armes chimiques en Syrie

Secretary Tillerson Delivers Remarks at the Conference Launching the International Partnership Against Impunity for the Use of Chemical Weapons

Département d’État des États-Unis
Allocution du secrétaire d’Etat Rex Tillerson
Le 23 janvier 2018
Paris, France

Allocution sur la responsabilité de la Russie dans l’utilisation passée et présente d’armes chimiques en Syrie

 

LE SECRÉTAIRE D’ÉTAT TILLERSON : Encore une fois, je voudrais remercier le ministre des Affaires étrangères, M. Le Drian, d’accueillir aujourd’hui la cérémonie de signatures pour le lancement du Partenariat international contre l’impunité d’utilisation d’armes chimiques.

Cette rencontre avait deux objectifs : mettre fin aux attaques aux armes chimiques et refuser l’impunité à ceux qui utilisent ou permettent l’utilisation de ce type d’armes. Pour savoir ce que ces armes peuvent causer aux humains, il suffit de regarder tout près de nous, en Ghouta orientale, en Syrie. Pas plus tard qu’hier, plus de vingt civils, des enfants pour la plupart, ont été victimes de ce qui ressemble à une attaque au gaz chloré.

Ces récentes attaques en Ghouta orientale font craindre que le régime syrien de Bachar al-Assad continue à recourir aux armes chimiques contre son propre peuple. Quels que soient les auteurs de ces attaques, au final c’est à la Russie que revient la responsabilité des victimes de la Ghouta orientale et des innombrables autres civils qui ont été la cible d’armes chimiques depuis que la Russie s’est engagée dans le conflit en Syrie.

En septembre 2013, la Russie a poussé, négocié et accepté l’accord-cadre pour l’élimination des armes chimiques en Syrie – un accord diplomatique entre les États-Unis et la Russie qui exigeait la destruction vérifiable de l’ensemble du stock d’armes chimiques de la Syrie.

À travers cet accord, la Russie assumait un rôle de garant, responsable de veiller à ce que son allié syrien cesse toute utilisation d’armes chimiques et déclare sans réserve son stock d’armes chimiques en vue de sa destruction sous contrôle international.

L’accord-cadre diplomatique entre États-Unis et Russie était entériné, sur le plan légal, par une décision du conseil exécutif de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et par la résolution 2118 du Conseil de sécurité de l’ONU.

En outre, en mars 2015, la Russie a soutenu l’adoption de la résolution 2209 du Conseil de sécurité de l’ONU, soulignant que ceux qui utilisent comme arme n’importe quel produit chimique toxique, y compris le gaz chloré, devraient rendre des comptes.

La Russie n’a pas respecté ces engagements. Depuis 2014 – depuis avril 2014, il y a de plus en plus de preuves que la Syrie continue à posséder illégalement des armes chimiques et à les utiliser contre ses propres citoyens.

La mission d’enquête de l’OIAC a confirmé de multiples incidents liés au recours aux armes chimiques en Syrie, notamment l’usage comme arme de gaz chloré, un produit industriel toxique. Certains de ces incidents, dont l’attaque au gaz sarin du 14 avril, ont été après coup attribués à la Syrie par le Mécanisme d’enquête conjoint OIAC-ONU, un groupe d’experts indépendants et impartiaux établi en août 2015 par la résolution 2235 du Conseil de sécurité de l’ONU, avec l’appui total de la Russie.

On ne peut tout simplement pas nier que la Russie, en protégeant son allié syrien, a violé les promesses qu’elle avait faites aux États-Unis en tant que garant de l’accord-cadre. Elle a trahi la Convention sur l’interdiction des armes chimiques ainsi que la résolution 2218 du Conseil de sécurité de l’ONU[1], et à ces occasions, opposé à deux reprises[2] son veto à l’encontre de résolutions du Conseil de sécurité visant à mettre en œuvre le Mécanisme d’enquête conjoint et à prolonger son mandat.

L’incapacité de la Russie à résoudre le problème des armes chimiques en Syrie remet en question son aptitude à résoudre la crise dans son ensemble. Au grand minimum, la Russie devrait cesser d’opposer son veto et à l’avenir, s’abstenir lors des votes du Conseil de sécurité sur ce sujet.

Plus de 25 pays partageant ces idées sont ici aujourd’hui pour faire en sorte que ceux qui recourent aux armes chimiques en seront un jour tenus responsables. La France, le Royaume-Uni, la Turquie et bien d’autres sont ici aujourd’hui pour faire respecter la Convention sur l’interdiction des armes chimiques et sa vision d’un monde débarrassé de ces armes abominables.

Nous utiliserons ce Partenariat pour faciliter les échanges de données sur les utilisations d’armes chimiques, y compris des informations sur les sanctions, pour collecter et préserver ces données et pour renforcer les compétences des États afin qu’ils puissent établir les responsabilités des acteurs impliqués. Cette initiative veut adresser un avertissement à ceux qui ont ordonné et exécuté des attaques à l’arme chimique : un jour vous devrez rendre des comptes de vos crimes contre l’humanité et justice sera rendue à vos victimes.

Nous en appelons à la communauté des nations responsables et civilisées afin de mettre fin à l’usage des armes chimiques. C’est à vous de choisir. Les habitants de la Ghouta orientale vous observent, le monde entier vous observe.

Je vous remercie.

[1] Résolution 2118 du Conseil de sécurité de l’ONU

[2] La Russie a opposé trois fois son veto à ces résolutions de mise en œuvre du Conseil de sécurité

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Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.