La Fête de Saint-Patrick aux Etats-Unis

Fontaine verte à la Maison Blanche

Des petites filles vêtues de robes brodées et de couleurs vives paraissent mal à l’aise alors qu’on leur arrange pour une dernière fois les cheveux et leurs rubans. Non loin de là, des setters irlandais subissent le même traitement tout en faisant mine d’ignorer un groupe proche de lévriers également irlandais. Un peu plus loin, une pompe à incendie de couleur vert émeraude est à l’arrêt derrière une voiture décapotable tout aussi verte où se trouvent le chef du défilé et la reine de beauté irlando-américaine de la ville.

La scène pourrait se passer dans n’importe quelle ville des États-Unis pendant les deux premières semaines de mars ; le nom de famille des participants pourrait être Dougherty, O’Toole ou McGinty, mais tout aussi bien Kaufman, Hu ou Gomez. Aux États-Unis, tout le monde se sent un peu irlandais le jour de la Saint-Patrick.

La Saint-Patrick est peut-être l’une des fêtes les plus célébrées dans le monde. Les municipalités tant du Japon, de l’Australie, du Canada, de la Malaisie, de la Grande-Bretagne, des États-Unis que de l’Irlande d’où était originaire ce saint organisent des festivités à cette occasion. Cette variété géographique illustre la vaste dispersion des Irlandais qui ont émigré par choix ou par nécessité à travers le monde ces trois derniers siècles. Toutefois, dans aucun autre pays adoptif la présence des Irlandais ne se manifeste-t-elle autant qu’aux États-Unis, où tous les habitants célèbrent maintenant cette fête.

Dans pratiquement toutes les écoles primaires des États-Unis, qu’elles soient publiques ou privées, les classes sont décorées en vert ; un enfant qui ne porte pas un vêtement vert à l’école le jour de la Saint-Patrick risque de se faire taquiner. Les papeteries vendent des cartes de vœux de la Saint-Patrick, les boulangeries offrent des biscuits en forme de trèfle recouverts de sucre vert et les bars locaux servent de la bière verte.

Dans leur livre « The Wearing of the Green », les historiens Mike Cronin et Daryl Adair estiment que ces festivités marquent la réussite de l’esprit d’entreprise des Irlandais et constituent la célébration de la liberté que ceux-ci ont trouvée aux États-Unis.
La célébration de la Saint-Patrick remonte à l’époque coloniale

Le Ceol Mor Pipe & Drum Band participe au 32e défilé annuel organisé à Wilkes-Barre City (Pennsylvanie) pour la Saint-Patrick le 11 mars.

Le 17 mars est la fête du saint patron de l’Irlande, l’apôtre Patrick (né en 386 et mort en 461), dans le calendrier liturgique catholique et un jour férié en République irlandaise, dans la province de l’Ulster de l’Irlande du Nord et dans deux provinces canadiennes. Cette fête est aussi célébrée dans le reste du monde par des personnes de diverses origines ethniques.

La première célébration connue dans les colonies américaines eut lieu à Boston en 1737, et la première célébration à New York se passa dans la taverne « Crown and Thistle » en 1756.

Les premiers participants américains à cette célébration étaient des hommes fortunés. Toutefois, à la suite de l’indépendance des colonies de la Grande-Bretagne, des Irlandais catholiques de tous les milieux sociaux se trouvèrent de plus en plus attirés aux États-Unis par la promesse de la liberté religieuse, et les festivités de la Saint-Patrick commencèrent alors de prendre un côté populaire.
En 1827, le Parlement britannique modifia la loi entravant l’émigration des Irlandais, et dès 1835 plus de 30.000 d’entre eux arrivaient tous les ans à New York. Ces vagues d’émigrés peu instruits et pauvres constituèrent au tout début une menace pour les Irlandais qui étaient déjà bien établis aux États-Unis en tant que policiers, sapeurs-pompiers et cheminots et qui avaient peur de perdre leur position dans la société, mais la loyauté des nouveau-venus envers leur pays adoptif fit vite disparaître cette menace. Au fur et à mesure de l’accroissement du nombre d’Américains d’origine irlandaise, les festivités de la Saint-Patrick prirent de l’ampleur, tout comme le pouvoir politique des habitants irlandais de grandes villes telles que Boston, New York, Chicago et La Nouvelle-Orléans.

Ce groupe d’électeurs irlando-américains se vit courtisé par des hommes politiques de toute origine aux XIXe et XXe siècles. Un New-Yorkais qui aspirait à faire de la politique compromettait ses chances d’être élu s’il ignorait la Saint-Patrick. Peu à peu, les maires des grandes villes eurent un nom de famille irlandais, et en 1960 John Fitzgerald Kennedy devint le premier président des États-Unis à être catholique et d’origine irlandaise.

Les Irlando-Américains se servirent aussi des festivités du 17 mars pour attirer l’attention sur le sort des habitants de l’Irlande en exerçant leur droit à s’exprimer librement. Pendant les années 1970, la Saint-Patrick prit aux États-Unis un ton de militantisme politique et était accompagnée de collecte de fonds pour les œuvres irlandaises ayant un lien avec les « rebelles » ainsi que d’appels en faveur du retrait de la Grande-Bretagne de l’Irlande du Nord.

Ce militantisme prépara le terrain pour le président Clinton qui profita de la Saint-Patrick pour organiser ce jour-là une réunion où toutes les parties au conflit irlandais furent invités à venir à entamer un processus de paix à Washington. Cette initiative aboutit à l’Accord du Vendredi saint du 10 avril 1998, selon lequel les protestants devaient partager le pouvoir politique en Irlande du Nord avec la minorité catholique et la République irlandaise obtenait une voix au chapitre dans les affaires de l’Irlande du Nord.