Interview de l’Ambassadeur Hartley dans Le Parisien, 7 janvier 2017

Ambassador's Residence during July4th

Interview de l’Ambassadeur Hartley dans Le Parisien

Propos recueillis par Jannick Alimi

INTERVIEW. Proche de Barack Obama, Jane D. Hartley, ambassadrice des Etats-Unis en France, quittera ses fonctions à la veille de l’investiture officielle de Donald Trump, le 20 janvier.

Jane D. Hartley quittera le 19 janvier l’ambassade des Etats-Unis en France, un poste qu’elle occupait depuis le 31 octobre 2014. Le lendemain, à Washington, Barack Obama passera le témoin à Donald Trump. Cette amie du président sortant, qui a levé des fonds avec son mari pour financer les campagnes d’Obama, nous a reçus dans la résidence officielle des ambassadeurs, à deux pas de l’Elysée. Avant de retourner chez elle, à New York, elle nous confie quels ont été les temps forts des deux années passées en France.

Vous quittez la France avant l’entrée en fonction de Donald Trump.
Vous connaissez le nom de votre successeur ?

JANE HARTLEY. Non, je n’en ai pas la moindre idée. C’est la tradition que les ambassadeurs dits « politiques », c’est-à-dire connaissant personnellement le président sans être des diplomates de carrière, quittent leur fonction en même temps que le président qui les a nommés.

Quels événements auront le plus marqué votre mission ?

Deux temps forts m’ont prouvé la force des liens que nos deux pays continuent d’entretenir. Lors de la commémoration du Débarquement en juin 2014, j’étais en France et je savais que j’allais devenir ambassadrice. Soixante-dix ans après le 6 juin 1944, j’ai été frappée et émue de la permanence de cette amitié. Ce que je garderai aussi en mémoire, c’est bien sûr la série d’attentats dont le peuple français a été victime. L’ambassade a reçu des milliers de messages de la part d’Américains qui voulaient témoigner leur tristesse et leur solidarité. Anne Hidalgo, la maire de Paris, les a gardés et en a exposé certains dans son bureau.

L’affaire de l’espionnage par les Etats-Unis de présidents français n’a-t-elle pas assombri ces relations ?

Non. L’affection que les Français portent à mon pays est très grande. On dit même que Barack Obama atteindrait près de 90 % d’opinions favorables en France (sourires). Après l’attentat d’Orlando, l’été dernier, un livre de condoléances a été ouvert à l’ambassade et les Français ont témoigné tout leur soutien. François Hollande et Manuel Valls sont venus le signer. C’était la première fois que les plus hauts dirigeants français faisaient un tel geste.

La lutte contre le terrorisme s’est-elle renforcée entre les deux pays ?

Absolument. En termes militaires et de renseignement, nous avons fait des progrès importants d’échanges et de coordination.

Dans quels autres domaines nos relations ont-elles progressé ?

L’accord sur le climat, la COP21, a été une grande réussite internationale mais aussi sur le plan de notre coopération. Je me suis aussi beaucoup investie dans la lutte contre le chômage des jeunes. Le programme #JobsForAll – Révélons tous nos talents, dont j’ai pris l’initiative, a pour but de faciliter l’embauche par les entreprises privées de jeunes de tous horizons. J’y crois beaucoup, d’autant plus que lors de mes voyages partout en France j’ai pu constater combien les Français nourrissaient un véritable esprit entrepreneurial. C’est un potentiel formidable.

Vous êtes une démocrate très proche de Barack Obama. Quelles peuvent être les conséquences de l’élection de Donald Trump ?

Il est trop tôt pour le dire. J’espère que tout ce qu’Obama a fait de bien et dont je suis fière ne sera pas remis en cause : la lutte contre le chômage, le climat, l’Obamacare, les droits de l’homme et des femmes… Après le choc de la dernière élection, j’ai l’espoir que l’Amérique entre rapidement dans une période de résilience. Il y a suffisamment de contre- pouvoir aux Etats-Unis.

Vous rentrez chez vous satisfaite de votre travail ?

Si un démocrate avait été élu, je serais restée en France plus longtemps. La France a vécu des moments très difficiles et nous les avons traversés ensemble. Je serai toujours et partout le porte-drapeau de la France, de ses valeurs. C’est ce que je dirai à François Hollande que je vais rencontrer la semaine prochaine. J’ai deux villes dans mon cœur : New York et Paris.